Rencontre avec Fabio Montrasi, propriétaire du Château des Rontets

12 juillet 2016 | Actualités
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Je suis parti à la rencontre de Fabio, le propriétaire du Château des Rontets. Depuis maintenant plus de 20 ans ils ont fait, lui et sa femme Claire, le choix de l’agriculture biologique, avec l’ambition d’élaborer des vins naturels et sains. Architecte de métier, il nous raconte comment il en est arrivé à vivre de sa passion.

Le présent…

Décrivez-nous brièvement votre domaine/votre terroir

C’est un domaine familial de 6,50 hectares dont la majorité produit du vin blanc, le Pouilly-Fuissé, AOC du vignoble du Mâconnais. Nous avons également quelques hectares en appellation Saint-Amour, cru du Beaujolais. Ce domaine appartient à la famille de mon épouse depuis 1850. Il n’est devenu une exploitation viticole qu’après la deuxième guerre mondiale grâce à l’oncle de mon épouse. Nous-mêmes avons repris le domaine il y a environ 20 ans. Le terroir principal qui compose le Clos fait 5,5 hectares, il est situé sur le sommet d’une colline. C’est un sol calcaire, classique de la Bourgogne, qui présente très peu de terre avec une roche très superficielle tout en haut de la colline. Nous avons aussi une petite parcelle de 0,5 hectare, Pierrefolle, située hors du Clos, dont le sol est plus granitique, plus profond et qui correspond au début de la géologie beaujolaise. Enfin, nous avons 1,5 hectares de Saint-Amour avec les sols sont plutôt limoneux.

Comment s’annonce le millésime 2015 ?

Le 2015 est encore à la cave, il fermente ! Nos fermentations alcooliques durent plusieurs mois et plus particulièrement pour ce 2015 qui présente un potentiel en alcool très haut : les vins seront aux alentours de 15 degrés, ce qui est très inhabituel chez nous. En effet, 2015 a été une année très chaude, très sèche surtout dans le nord du Mâconnais où nous avons vendangé tout début septembre. Heureusement, les acidités restent très bonnes donc on devrait avoir un bel équilibre mais le millésime 2015 sera bien différent des millésimes 2014 et 2013, beaucoup plus classiques.

Quelles difficultés ou bonnes surprises avez-vous rencontrées sur ce millésime ?

Comme difficulté, le manque d’eau bien sûr, avec des pluies peu fréquentes et des températures très élevées. Je m’attendais donc à avoir des rendements très bas mais finalement, même s’ils ne sont pas très élevés, ils sont beaucoup mieux que ce à quoi je m’attendais. Ça, c’est la bonne surprise !

Quels sont vos grands principes en viticulture ? En vinification ?

En viticulture, nous sommes en une agriculture biologique. L’idée est de cultiver la terre en utilisant les produits les moins nocifs possibles, pour nous-mêmes, pour les hommes, pour l’environnement.  En ce qui concerne la vinification, la partie la plus importante du travail est de faire des vendanges de la meilleure qualité possible, de façon à intervenir au minimum ensuite (pas d’ajout de levures, ni de sucre, etc.). Notre seule intervention est d’utiliser le sulfite pour nos vins blancs. Absolument, rien d’autre.

Avez-vous un fil conducteur dans l’élaboration de vos vins ? Une « patte » ?

Nos vins sont, paraît-il, assez reconnaissables … Notre « patte » vient de notre terroir. En général, nos vins ne sont pas trop démonstratifs mais ils ont une élégance particulière. Ensuite, c’est notre volonté, nos fermentations sont très longues, ce qui ajoute sûrement une complexité aromatique au vin fini. Grâce à cette fermentation qui dure, nos vins parviennent également à développer une certaine suavité, il y a toujours un peu de « gras ».

Votre parcours…

Racontez-nous l’histoire de votre domaine

C’est une jolie propriété familiale. L’oncle de ma femme en a hérité dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Il était avocat et a planté beaucoup de vignes sur la propriété. Mais il avait une approche différente de la nôtre, il s’intéressait à la vigne mais pas au chai. Il ne s’est jamais trop occupé de mettre le vin en bouteille et vendait au négoce. Avec ma femme, depuis que nous sommes là, nous avons progressivement mis le vin en bouteille.

Comment vous est venue la passion du vin ? Devenir vigneron a-t-il toujours été une vocation ?

Non, pas du tout ! A l’origine, je suis architecte. Je suis né à Milan. Ma femme et moi travaillions dans la même agence d’architecture. C’est comme cela que nous nous sommes rencontrés. Et disons que nous avons décidé de venir vivre ici car c’est un bel endroit et c’était l’occasion de vivre différemment…
On nous a montré comment procéder et, au fil du temps, la passion pour le vin s’est développée. Pas de regret d’avoir quitté la ville même si je reste très citadin !

La biodynamie a-t-elle toujours été une conviction chevillée au corps ? Qu’est-ce qui vous a poussé à aller vers cette « philosophie » de culture ?

Quand nous avons commencé, nous venions du côté des consommateurs et, en tant que consommateur, nous étions tous deux déjà très sensibles au respect de l’environnement, notamment via la pratique de l’agriculture biologique. C’est pourquoi, lorsque nous sommes passés du côté des producteurs, ce fut tout à fait naturel pour nous de nous interroger sur la façon dont on voulait faire du vin. Aujourd’hui, il nous serait impossible de travailler autrement car nos vins et leur qualité en seraient impactés. Il s’agit d’un engagement simplement citoyen : produire du vin le plus sain possible sans trop penser au rendement car le vin n’est, après tout, pas une nécessité pour l’homme donc pourquoi utiliser des produits nocifs qui altéreraient sa qualité ?

Si vous n’aviez pas été vigneron, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

A la base je suis architecte mais j’ai aussi travaillé dans la publicité en Angleterre. Donc, c’est fait !

Quels conseils donneriez-vous à un « apprenti vigneron » ?

Acquérir le maximum d’expériences. Prendre le temps avant de se lancer dans son propre domaine. Travailler, faire des expériences auprès d’autres vignerons afin d’avoir d’autres repères, ne pas hésiter à demander de l’aide, se faire conseiller sur les choix à faire lorsqu’on se lance…. Et puis aussi, et surtout, continuer à rester ouvert sur l’extérieur, aller dans d’autres vignobles. Personnellement, nous faisons partie d’associations donc nous participons souvent à des dégustations partagées avec d’autres groupes de vignerons. Echanger est très important.

Ces dernières années…

Quelle est la réussite dont vous êtes le plus fier ?

Il n’y a pas eu grand chose de spécifique pour l’année 2015. Il a plu très souvent et très longtemps donc nous avons pas mal « bataillé ». Finalement les vins ont l’air très intéressant donc c’est très satisfaisant de se donner du mal pendant des mois pour réussir au final à récolter de beaux raisins qui donneront ensuite des vins surprenants, malgré les difficultés climatiques rencontrées en amont.

Si vous pouviez changer quelque chose sur les dix dernières années, qu’auriez-vous fait différemment ?

Nous avons décidé de ne pas nous agrandir, de ne pas entreprendre d’activité de négoce parce qu’on souhaite vraiment suivre nos vins. Ceci dit, si l’on avait monté une activité de négoce, on aurait eu une plus grande marge financière pour pouvoir compenser les petites récoltes… Ce n’est pas un regret. C’est plus un choix !

L’avenir…

Dans 10 ans, où vous voyez-vous ?

Peut-être à la retraite ! Ce que nous souhaiterions, c’est trouver un vigneron motivé pour prendre le relais… Nous aimerions nous associer à quelqu’un de plus jeune pour transmettre tout cela, continuer la vie du domaine…

Et votre domaine/vos vins ?

Je ne vois pas de changement très éclatant dans nos 10 prochaines années mais j’espère que l’on continuera à élaborer des vins toujours aussi bons.

Votre région et le vin…

Décrivez en trois mots votre région/votre appellation ?

Grande, car c’est la plus grande appellation communale de Bourgogne avec 700 hectares et toute sorte de sols. Variée, car il y a une grande variabilité d’expression dans cette AOC. Dynamique, car il y a eu beaucoup de progrès réalisés ces dernières années dans la qualité des vins élaborés grâce à une approche du travail de vigneron qui a évolué.

Quelle est l’histoire viticole de votre région ?

L’histoire viticole de notre région est basée sur les progrès réalisés sur la qualité depuis ces dernières années, d’avoir été considérée davantage par la Bourgogne traditionnelle, celle qui correspond principalement à la Côte d’Or.

Vos inclinations…

Qu’est-ce qui qualifie un grand vin pour vous ?

La sincérité d’expression du vin, son élégance en général, et l’émotion qu’il peut susciter même si cela reste très subjectif. Ce n’est absolument pas indispensable que le vin soit très vieux pour être un grand vin. Même si en général, il est plus facile de vivre de belles expériences avec des vins qui ont déjà un certain nombre d’années.

Quel(s) vin(s) étranger(s) vous a donné vos plus belles émotions de dégustation ?

Un Porto de 1963, mon année de naissance … qui n’est, en réalité, pas une grande année pour le vin mais qui est une très grande année du siècle dernier pour les Porto !

Quelle est votre région/appellation viticole préférée en dehors de la vôtre ? Pourquoi ?

Si l’on reste en Bourgogne, il existe de très bons vins avec lesquels on peut avoir de grandes émotions, tels les Premiers Crus et les Grands Crus de Côtes de Nuits pour les rouges. Pour les vins blancs, j’aime le Chenin du Val de Loire, qu’il soit sec ou moelleux.

Pouvez-vous citer un autre vigneron dont vous admirez le travail ?

Un des producteurs de vins de Champagne qui m’a fait changer d’avis sur ce vin que j’aimais le moins. Il s’agit de Jacques SELOSSE.

Si vous pouviez vous libérez de toutes contraintes externes (cahier des charges des appellations, région, etc.), quel cépage planteriez-vous sur vos terres ?

J’aimerai planter un cépage rouge car nous en avons très peu. C’est un cépage italien, du Piémont, le Barbera.

Si votre cave personnelle se retrouvait sous les eaux, pour quelle bouteille seriez-vous prêt à plonger ?

Les bouteilles des années de naissance de mes enfants.

Un accord met et vin divin avec l’un de vos vins proposés par le Phileas Wine Club ?

Un plat italien du Piémont, le Vitello tonnato, à base de fines tranches de veau avec une sauce à base de thon et de câpres.  Beau mariage de viande et de poisson !

Si vous deviez recommander une musique à écouter avec un de vos vins proposés par le Phileas Wine Club, quel disque/titre vous inspire le meilleur accord ?

Une chanson de Joe Cocker.

Ce qui vous plaît dans le Phileas Wine Club ?

Le choix est éclectique et toujours très précis dans la sélection des vins et le Phileas Wine Club propose une gamme qui n’est pas limitée qu’aux vins français. De plus, il y a a toujours de la considération pour le travail du vigneron c’est-à-dire le travail de culture de la vigne.

 

Retrouvez notre sélection de Château des Rontets sur le Phileas Wine Club

Château des Rontets

 

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