Rencontre avec Alain Graillot, le virtuose de la Syrah

24 juin 2016 | Actualités, Vignerons
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Alain Graillot est propriétaire de son propre domaine dans la Vallée du Rhône ; le Domaine Graillot. Il est connu pour son travail de la terre à la charrue, ses vins rares et son respect du terroir. Avec 20 hectares, il est notamment célèbre pour sa cuvée phare La Guiraude en Crozes-Hermitage. Grand virtuose du cépage Syrah dans le Rhône, il décide d’exporter ce dernier au Maroc en s’associant avec un domaine local pour créer la cuvée Tandem, dont il va nous parler.

Racontez-nous l’histoire de votre domaine

Je suis allé au Maroc il y a quelque temps maintenant et j’ai rencontré à cette occasion les gens de la société Thalvin. Ce sont eux qui importent mon vin français depuis longtemps et c’était l’occasion de les rencontrer. On a sympathisé et on s’est dit que ce serait marrant de faire un vin ensemble et donc nous l’avons appelé Tandem car effectivement nous sommes deux sur le même vélo.

Le domaine ne m’appartient donc pas, c’est une collaboration avec les vignerons marocains de Thalvin. Depuis maintenant 10 ans je collabore pour cette cuvée exclusivement à base de Syrah qu’ils font au Maroc selon mes recommandations et mes conseils. Les vignes sont situées autour de la ville de Rommani qui est sous influence océanique. Cela permet d’arriver à conserver un certain équilibre pour ne pas avoir ce côté très chaud des vins du grand Sud. Cela est très important de le mentionner car l’objectif est de faire des vins semblables à ce qu’on fait en France et non pas lourds, chauds et très alcoolisés. Le millésime actuel est le 2012, et ça tombe bien car c’est certainement l’un des meilleurs millésimes que l’on ait fait ! Il allie à la fois la densité, l’équilibre et la fraîcheur, ce qui était moins le cas sur l’année précédente.

Comment s’annonce le millésime 2015 ?

Le millésime 2015 est un bon millésime mais sans doute pas aussi exceptionnel qu’il l’est partout en France cette année. C’est un millésime de petites récoltes, il a fait très sec pendant l’année 2015 au Maroc.

Quelles difficultés ou bonnes surprises avez-vous rencontrées sur ce millésime ?

De légères difficultés au niveau des rendements sur ce millésime mais qui sera de très bonne qualité.

Avez-vous un fil conducteur dans l’élaboration de vos vins ? Une « patte » ?

On fait le vin en pratiquant des cuvaisons assez courtes, avec peu de remontages pour ne pas faire trop d’extraction. Les cuvaisons dure 7 à 8 jours pas plus. Ensuite, on garde le vin pour une moitié en cuve béton pendant environ 1 an, et pour l’autre moitié en barrique de 225 litres. Pour vous donner une idée cela représente entre 60 000 et 80 000 bouteilles par an. L’idée initiale était de vendre ce vin partout dans le monde, sauf en France et au Maroc. Mais, finalement nous sommes allés en France très vite, et au Maroc c’est évidemment Thalvin qui distribue. Moi, j’ai l’exclusivité de la vente partout dans le monde sauf au Maroc.

Décrivez en trois mots votre région/votre appellation ?

Ce n’est pas moi qui l’ai dit c’est le Maréchal Hubert Lyautey (premier résident général du protectorat français au Maroc) : « Le Maroc est un pays froid où le soleil est chaud ».  Le soleil y est bien présent, on est déjà dans des latitudes où il fait très chaud mais tout ceci est tempéré par l’influence océanique, surtout sur les zones côtières. Au niveau viticole si on ne va pas trop dans l’intérieur des terres, on peut arriver à garder de l’équilibre et de la fraicheur dans les vins. Sinon, globalement c’est un pays où il y a une grande tradition viticole qui date des Français et où la production de vins est très importante. Une grande partie est exportée mais l’autre est bel et bien consommée sur place.

Comment vous est venue la passion du vin ? Devenir vigneron a-t-il toujours été une vocation ?

J’ai passé plus de temps en tant que vigneron qu’autre chose, je suis arrivé un peu tard à la viticulture car je travaillais dans les produits agricoles. J’ai eu la chance de trouver un vignoble à Crozes-Hermitage en 1985 où je me suis installé et maintenant ce sont mes deux fils, Maxime et Antoine, qui s’occupent du Domaine Graillot. Moi, je me concentre sur des actions à l’extérieur du même type que le projet Tandem.

Si vous n’aviez pas été vigneron, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Honnêtement je ne me suis jamais posé la question, finalement j’ai mis un peu de temps à devenir vigneron mais j’ai bien fait de prendre cette décision.

Quels conseils donneriez-vous à un « apprenti vigneron » ?

Le conseil primordial est de laisser faire les terroirs en intervenant le moins possible, car notre devoir est de mettre dans la bouteille ce que le terroir nous donne. A cela s’ajoute un travail très sérieux dans la culture de la vigne, que l’on achève dans la cave en effectuant le minimum syndical.

Quelle est la réussite dont vous êtes le plus fier ?

Ecoutez, il y a 30 ans l’appellation Crozes-Hermitage était modeste mais aujourd’hui elle a sa place dans le monde du vin et est reconnue. Je pense, j’espère y avoir contribué avec tous les autres vignerons de l’appellation.

Si vous pouviez changer quelque chose sur les dix dernières années, qu’auriez-vous fait différemment ?

Rien, mais une chose est sûre : je n’aurais certainement pas acheté plus de vignes que les 20 hectares que j’ai déjà. J’estime qu’au-delà on change de métier. Pour moi, il faut connaître exactement chaque pied de vigne, chaque parcelle par son petit nom et de même dans sa cave pour mieux maîtriser son vin.

Dans 10 ans, où vous voyez-vous ? Et votre domaine / vos vins ?

J’arrive à un âge où l’on ne fait plus de pronostics, je resterai auprès de mes vignes, de mon domaine et de mes vins.

Avez-vous envie de tenter de nouvelles choses ? Nouvelles techniques ? Assemblages ?

Je ne cherche rien en particulier mais je suis ouvert à tout.

Vous savez j’en fais déjà beaucoup, car en dehors du Maroc je travaille avec d’autres régions pour faire du conseil… De manière générale je dirai qu’on est toujours à l’affut de nouvelles idées, on discute entre vignerons ce qui nous permet d’avancer, d’en savoir un peu plus sur certaines choses.

Qu’est-ce qui qualifie un grand vin pour vous ?

La définition du grand vin reste très subjective, je vous donne la mienne si vous voulez. Ce que j’apprécie dans un vin, c’est qu’il peut être apprécié à plusieurs étages d’intérêt. Pour le côté agréable à boire lors de plaisirs simples mais aussi pour les grands amateurs qui veulent un vin complexe avec une aptitude au vieillissement (marque du terroir).

Quel(s) vin(s) étranger(s) vous a donné vos plus belles émotions de dégustation ?

Paradoxalement, certains grands vins ou réputés comme tels ne font pas forcément partie de mes favoris. J’ai beaucoup d’attirance pour les vins du Piémont, en particulier le Barollo, Barbaresco du Domaine Cavalletto par exemple. Depuis ma dernière découverte, je me suis intéressé aux vins rouges de Galice en Espagne qui ne correspondent absolument pas à l’image des vins espagnols souvent lourds, très alcoolisés mais qui sont au contraire d’une fraîcheur étonnante. Je pense notamment au Ribeira Sacra de la Bodega Dominio do Bibei.

Quelle est votre région/appellation viticole préférée en dehors de la vôtre ? Pourquoi ?

Il y en a tant… Les vins de la Vallée du Rhône, les Riesling Alsaciens mais j’aime aussi beaucoup les vins du Beaujolais. Sans oublier la Bourgogne bien sûr…

Pouvez-vous citer un autre vigneron dont vous admirez le travail ?

Il y en a beaucoup … Là, je pense à Olivier Jullien, du Mas Jullien dans la région du Languedoc.

Si vous pouviez vous libérez de toutes contraintes externes (cahier des charges des appellations, région, etc.), quel cépage planteriez-vous sur vos terres ?

Je pense que nous avons la chance en France de bénéficier de génération en génération d’un grand savoir-faire. Nous avons compris avec le temps que tel ou tel cépage était approprié à une région et un terroir particulier. Franchement moi, dans le Rhône, même affranchi de toutes contraintes, je ne mets et ne mettrai rien d’autre que de la Syrah. Je suis très conservateur en la matière c’est vrai, mais c’est aussi une façon de tirer mon chapeau à tous ceux qui nous ont précédé et qui ont fait ce travail dont nous profitons aujourd’hui. Nous leur en sommes redevables.

Si votre cave personnelle se retrouvait sous les eaux, pour quelle bouteille seriez-vous prêt à plonger ?

Je pense que je prendrai une bouteille de Crozes Hermitage La Guiraude 1990 ; ce ne sera pas dur car il n’en reste plus beaucoup et ça reste quand même quelque chose d’assez exceptionnel !

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