Philippe Gilbert, le Berry et la biodynamie

28 juin 2016 | Actualités
[Chez les Gilbert, chaque génération apporte sa pierre à l’édifice, et Philippe perpétue la tradition avec conviction.]

A la tête d’un domaine familial datant du 18ème siècle, Philippe Gilbert oeuvre dans ses vignes avec un profond respect de la nature. Amoureux du vin et des mots, il nous livre ici sa vision du métier de vigneron et comment la biodynamie a été une source d’inspiration pour créer des vins reflétant généreusement les terroirs riches et vivants de son appellation, Menetou-Salon.

Le présent…

Comment s’annonce le millésime 2015 ?

Le plus bel indice « plaisir » depuis des années. Des rouges gourmands et des blancs qui ne manquent pas de fraîcheur.

Quelles difficultés ou bonnes surprises avez-vous rencontrées sur ce millésime ?

La grosse difficulté est de gérer des matières marquées par un millésime sec et chaud… mais la bonne surprise est que les pH ont tenu et de beaux amers ont amené de la tension aux vins.

Avez-vous un fil conducteur dans l’élaboration de vos vins ? Une « patte » ?

Rechercher une belle amertume qui tend et prolonge le vin en bouche.

Décrivez en trois mots votre région/votre appellation ?

Fraîcheur, tension, minéralité.

Votre parcours…

Comment vous est venue la passion du vin ? Devenir vigneron a t-il toujours été une vocation ?

Non, pas toujours, j’ai « roulé ma bosse » comme on dit. Heureusement d’ailleurs. Devenir vigneron s’est imposé dans les vignes d’abord, et en goûtant des vins ensuite. Dans les vignes, la force et la fragilité du vivant m’ont bouleversé. Dans les vins, c’est l’énergie et la tension que l’on y trouve qui m’ont séduit.

La biodynamie a-t-elle toujours été pour vous une conviction chevillée au corps ? Qu’est-ce qui vous a poussé à aller vers cette « philosophie » de culture ?

C’est la tension, l’énergie, la verticalité qui existent parfois dans les vins travaillés en biodynamie.

Si vous n’aviez pas été vigneron, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Je ne sais pas trop, un métier où j’aurais eu le temps de lire.

Quels conseils donneriez-vous à un « apprenti vigneron» ?

L’essentiel est d’aller dans la vigne. Accepter de prendre son temps, ce qui est un luxe de nos jours.

Ces dernières années…

Quelle est la réussite dont vous êtes le plus fier ?

D’avoir percé le mur de l’indifférence chez certaines personnes, je parle dans la vie en général.

Si vous pouviez changer quelque chose sur les dix dernières années, qu’auriez-vous fait différemment ?

J’aurais aimé ouvrir plus tôt mon petit restaurant (Le Fluteau à Menetou-Salon) car c’est un lieu en cohérence avec ce que l’on produit au domaine. La sélection de vins se concentre sur la Loire depuis les Fiefs Vendéens de Thierry Michon jusqu’au Sancerre de Fouassier, avec un peu de Vouvray, de Muscadet… La double idée c’est de faire une sélection autour de la Loire et une autre aussi bien autour du Pinot Noir que du Poulsard, du Trousseau ou du Barbaresco. Des vins rouges sur la délicatesse avec une grande digestibilité associée à des produits frais et de saison.

L’avenir…

Dans 10 ans, où vous voyez-vous ?

J’espère continuer de grandir en sérénité. Être au même endroit, mais encore mieux dans ma tête et dans mon corps.

Et votre domaine / vos vins ?

Si un vin ressemble à son accoucheur, dans cet artisanat de la maïeutique qu’est notre métier, j’espère que les vins du domaine continueront de grandir dans cet élan de droiture, de franchise et de profondeur que je crois y retrouver quelquefois.

Avez-vous envie de tenter de nouvelles choses ? Nouvelles techniques ? Assemblages ?

Planter du Chenin, évidemment ! Et travailler l’argile aux chais.

Vos inclinations…

Qu’est-ce qui qualifie un grand vin pour vous ?

Brummel (George, dit « Beau Brummel », pionnier du dandysme britannique durant la Régence anglaise) répond : « je ne pouvais pas être élégant puisque vous m’avez remarqué ».

Un grand vin ne se dit pas, c’est celui avec lequel on se sent bien. Finalement quand tu rencontres quelqu’un c’est la même chose ; au départ on ne trouve que les défauts pour ensuite apprécier la personne dans son intégralité. Le grand vin n’a donc pas forcément une étiquette associée à un établissement mais on doit se sentir bien avec, c’est l’essentiel.

Quel(s) vin(s) étranger(s) vous a donné vos plus belles émotions de dégustation ?

L’Autriche. Et notamment Birgit Braunstein qui travaille dans le Burgenland. C’est mon dernier coup de cœur étranger en biodynamie et c’est une dame de qui on apprend.

Quelle est votre région/appellation viticole préférée en dehors de la vôtre ? Pourquoi ?

Il y en a plusieurs, fort heureusement. Ça dépend des périodes de ma vie. Actuellement, je suis dans une période « Jura », notamment pour les cépages délicats que sont le Poulsard et le Trousseau.

Pouvez-vous citer un autre vigneron dont vous admirez le travail ?

Françoise Bedel m’a appris une chose essentielle dans notre métier : prendre son temps, faire confiance à la matière et attendre le bon moment. On grandit beaucoup en avançant sur ce chemin.

Si vous pouviez vous libérer de toutes contraintes externes (cahier des charges des appellations, région, etc.), quel cépage planteriez-vous sur vos terres ?

On retrouve encore le Chenin…

Si votre cave personnelle se retrouvait sous les eaux, pour quelle bouteille seriez-vous prêt à plonger ?

Aucune car j’aurai trop mal au cœur de ne pas pouvoir les sauver toutes… car je les aime toutes !

Un accord met et vin divin avec l’un de vos vins proposés par le Phileas Wine Club ?

Je profiterai de ce Menetou Salon blanc 2014 avec un chèvre affiné par Romaine Dubois ! Et en seconde option, des Saint-Jacques poêlées.

Si vous deviez recommander une musique à écouter avec un de vos vins proposés par le Phileas Wine Club, quel disque/titre vous inspire le meilleur accord ?

Ce serait Bach avec les Variations Goldberg, un classique !

Ce qui vous plaît dans le Phileas Wine Club ?

Son élitisme.

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Philippe Gilbert 

Menetou Salon 2014

Cépage : Sauvignon Blanc

Au nez :  Arômes d’agrumes et de fleurs blanches

En bouche :  Pulpeuse, une belle finale longue et iodée

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